

Jean-Michel Thouvignon, président de GRANDDE, a exposé sa vision de l'association lors de la présentation du rapport moral le 7 avril dernier.
"Mesdames, messieurs, chers amis,
Depuis bientôt 3 ans l’association GRANDDE s’invite dans la vie économique de notre région avec un objectif affiché de susciter la prise en compte des exigences du développement durable dans le monde économique, dans l’Entreprise. Si cet objectif a d’ores et déjà permis de mettre en œuvre des actions concrètes en leur donnant un sens légitimant qu’elles soient portées par notre association, il nous faut néanmoins préciser encore davantage le sens de notre action et notre positionnement pour les années à venir. C’est ce que je vais tenter de faire aujourd’hui.
Il n’est plus correct aujourd’hui de ne pas s’afficher en faveur du développement durable. Dans tous les discours, qu’ils soient politiques ou d’entreprise, le développement durable en est présenté comme le fil conducteur. Cela montre au moins une prise de conscience croissante de l’ampleur des enjeux ainsi que de l’urgence de les prendre en compte. En revanche, le sens que l’on donne à la notion de développement durable est rarement précisé, sauf à se référer à l’excellente définition première, dite de Bruntland, qui, en tout état de cause, n’engage pas beaucoup ceux qui la citent.
Le nécessaire engagement en faveur du développement durable signifie-t-il pour l’Entreprise une réorientation vers de nouveaux marchés porteurs, générés par cette prise de conscience, ou s’agit-il d’une remise en cause plus profonde des moteurs mêmes de l’économie ?
Nous avons vécu une longue période au cours de laquelle l’économie s’est organisée autour de l’idée selon laquelle la défense par chacun de ses propres intérêts génère un équilibre favorable à l’intérêt général. Avec cette vision des choses, l’entreprise doit créer de la richesse, c’est son rôle, les ménages cherchent à maximaliser leurs intérêts, l’Etat légifère pour corriger les éventuels excès et créer les conditions les plus favorables pour que les acteurs mènent leurs missions, etc.
Or, nous constatons que l’individualisme a pris le dessus, trop souvent, sur le collectif. On a oublié que, l’Homme étant naturellement fait pour vivre en communauté, la finalité de la contribution de chacun est de bien vivre ensemble , et l’on confond but et moyen. C’est ma conviction s’agissant de la place de l’entreprise dans la société : pour moi, son but devrait être de contribuer au bon fonctionnement de la société, la création de profit, le moyen d’y parvenir.
Plus généralement, je pense que chacun des acteurs économiques a une part de responsabilité dans le bon fonctionnement de la société et qu’il doit l’assumer sans s’abriter derrière la responsabilité des autres.
Si mes propos semblent revêtir un caractère par trop philosophique, il en va néanmoins d’un souci pragmatique d’efficacité car je suis convaincu que les enseignements que nous tirerons de la crise que nous traversons, montreront la nécessité de repenser les moteurs de l’économie avec ce souci de responsabilisation de chacun. Je suis convaincu que sur le plan social, si les différents acteurs n’assument pas tous leur responsabilité envers la collectivité, nous irons au-devant d’une crise sociale majeure, comme nous sommes devant une difficulté majeure avec le dérèglement climatique !
Mais, la seule bonne volonté des personnes n’est pas suffisante pour évoluer de façon significative dans le sens d’une responsabilisation accrue des uns et des autres. Les indicateurs destinés à aider les entreprises à orienter leurs choix stratégiques sont essentiellement financiers et ne rendent pas (ou peu) compte de la contribution globale au bon fonctionnement de la Cité et à son harmonie !
Comme la réussite individuelle ne se mesure pas, contrairement à ce qu’affirment certains, à la marque de la montre que l’on porte après 50 ans, la réussite de l’entreprise ne devrait pas se mesurer uniquement en termes financiers !
Je crois donc qu’un véritable engagement en faveur du développement durable correspond à une remise en cause profonde des ressorts de l’économie.
Bien sûr, saisir les opportunités qu’offre un certain engagement en faveur des technologies propres pour créer ce que l’on appelle une croissante verte, à l’image de ce qu’on a connu en d’autres temps avec les techniques de l’informatique et de la communication, peut créer un sursaut de l’économie, sursaut vertueux car respectueux de l’environnement. Mais, comme Dominique Bourg, je crains que cette croissance verte ne soit qu’un leurre. La tentation de se contenter de ce choix est d’autant plus forte qu’avec la croissante verte, nous pouvons continuer sur la lancée de l’économie traditionnelle.
Dans ces conditions, je souhaite que GRANDDE soit :
- un espace où ces questions sont débattues afin de faire émerger une vision partagée et sans nul doute évolutive de ce que doit être le développement durable en entreprise,
- un creuset d’idées pour faire naître des actions d’accompagnement des entreprises visant à les aider à anticiper et s’adapter aux exigences nouvelles de leurs parties prenantes,
- un espace de dialogue, d’écoute et d’action entre les territoires et les entreprises car c’est par le rassemblement des bonnes volontés et la variété des points de vue que nous pourrons créer les conditions favorables pour contribuer à la préparation du meilleur avenir possible.
Nous allons donc poursuivre notre chemin sur la voie que nous avons déjà tracée, en l’éclairant toutefois d’une lumière toujours renouvelée issue de nos réflexions et de l’expérience acquise.
Je vous remercie."
Vous trouverez ci-dessous le rapport d'activités 2008 qui a été présenté le 7 avril dernier.